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Le marché

lundi 25 février 2008

Pas là pour flemmarder. Il fait soleil, j’entends l’hôtel s’animer. Dehors ! Le boulevard Amourski est un rien venteux, mais le marché offre rapidement un abri riche en couleurs. Les marchands sont presque tous asiatiques, on trouve de tout. Pour faire chic avec le chapeau à pompons, je trouve une paire de gants de laine rouge à pompons aussi, ne lésinons pas sur la fantaisie.

On sent comme un désir d’ordre, dans le marché : les cuvettes avec les cuvettes, les pièces détachées avec les pièces détachées, les fringues avec les fringues. Interdit de fumer. Interdit de jeter quoi que ce soit par terre.

Et voici le secteur baies, miel, confitures, sirop. Les piles de baies dont je connais un nom sur trois, les pots de miel de toutes les nuances de jaune font une muraille entre clients et vendeuses. J’essaie bien de deviner le goût de tout cela, mais les goûts sont secrets : on ne les devine jamais. Un sonore "outkouda voui ?" (d’où vous venez ?) me sort de ma perplexité : entre les piles, j’aperçois la casquette verte et l’œil curieux de la marchande. De France ! Ça alors ! Quel bonheur est le mien ! Et qu’est-ce que fais, à Khabarovsk ? Je me promène, ou je travaille ? Et qu’est-ce que j’ai fait de mon mari ? La voisine, Lila, vietnamienne, s’intéresse également à mon cas. De même que Rada, qui a appris le français à l’école et me salue d’une citation du grand Gougo (comprenez Victor Hugo) : Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. Elles sont épatantes, les marchandes de Khabarovsk !

Je profite lâchement de ce petit succès local pour m’informer sur les baies - fruits d’obier, framboises, cerises sauvages, airelles, mûres, groseilles, chèvrefeuille : chacune a sa fonction, stimulante, diurétique, somnifère, digestive. Serait-il possible d’en connaître le goût ? La dame à la casquette m’en sert généreusement cinq sacs, sans rien vouloir accepter en échange que de connaître mon prénom. Elle, c’est Valia, enfin, Valentina, mais je peux dire Valia.

Valia veut tout savoir : si j’aime Patricia Kaas, Dipardiou, et celui-là qui est si drôle, avec ses cheveux frisés - Lila a de la mémoire : Piérichard. J’en rajoute : je connais aussi Louis de Funès et Edith Piaf. Il se met à souffler sur le secteur des baies un vent de gaieté et d’excitation inattendu. Du coup Valia me prie de venir à cinq heures, cet après-midi, à la fin du marché. Elle m’emmènera chez elle pour un dîner russe de russe. Top-là !

Je pars avec mes baies et deux conseils précieux : ne pas rompre la chaîne du froid, il faut les tenir au congélateur ; et ce serait quand même mieux avec du sucre.

Fruits d’obier, framboises, airelles, mûres, groseilles, bies de chévrefeuille...