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: : L’homme de Magadan

samedi 1er mars 2008

À travers une petite vitre, à l’arrière du dernier wagon du train, on voit filer les rails. La provodnitsa   a installé un cendrier émaillé. Arrive un grand escogriffe, clope à la main droite, bière à la main gauche, qui me déverse de manière précipitée un discours-fleuve d’où il ressort que ce train est peuplé de cochons. Je l’invite à parler moins vite... Alors, calmement, il m’explique que, oui, les Russes, c’est des cochons. Ils jettent tout n’importe où, ils se tiennent mal, ils traînent en pyjama jusqu’à pas d’heure.

Le type m’engueule : c’est ridicule, de voyager en train. Ok, il n’a pas complètement tort. Je n’aurai même pas vu un renard, même pas un lièvre. OK, il a encore raison : seulement empaillés. De toute façon, le sud, c’est moche et c’est con. Qui n’a pas vécu à Magadan ne connaît rien à la vie, là, oui, tu vois des choses qui valent la peine, les cèdres qui se tordent au ras du sol, les petites fleurs courageuses ; tu vas à la chasse. Et quand il fait froid, il fait carrément froid. Mais regardez-moi ça : ici, même la neige est sale. L’écorché-vif se demande si c’était bien la peine de coller la pilée à Hitler. Les Allemands, voilà, eux, ils sont propres.

Électricien à Magadan pendant vingt ans, il trouve à s’employer dans une compagnie anglaise à Irkoutsk, qui le paie avec un lance-pierres : 18000 roubles par mois (environ 550 euros). D’ailleurs, est-ce que j’ai vu les illuminations du nouvel an, à Irkoutsk, cette année ? Euh... non. C’est bien dommage, parce qu’il n’y était pas pour rien. Mais fini, fini, il retourne à Magadan, la plus belle ville du monde. Que ces cochons de Russes...

À quoi on pense

Le Russe est un joli cohon. Si on lui demande pourquoi il ne mange ni viande, ni poisson, il avance, pour se justifier, l’absence d’arrivage, les voies de communication défectueuses ; cependant, dans les villages les plus retirés il y a de la vodka, et tant qu’on veut. On pourrait pourtant croire qu’il est beaucoup plus facile de se procurer de la viande et du poisson que de la vodka, qui coûte plus cher et qui est d’un transport plus difficile.
 
Anton Tchékhov, à sa mère, juin 1890


Магадан


Вы слышали, конечно, Ив Монтана —
Парижские бульвары, гимн любви.
А я влюблён в бульвары Магадана.
И, может быть, сильней, чем он в свои.

В далёкую окраину России,
Медвежий край, где царствует тайга.
Где жёг мороз, снегами заносила
И насмерть леденила нас пурга.

Но город новый на краю России
Вставал и рос наперекор всему.
И вот стоит он, светлый и красивый,
И в память строивших я кланяюсь ему.

И пусть Монтан парижские бульвары
Поёт, ну что ж, а я свои пою.
Да, я влюблён в бульвары Магадана
В моём далёком золотом краю.

И если я когда-нибудь увижу
Булонский лес, Монмартр и Нотр-Дам,
Большой привет рабочему Парижу
Я от бульваров магаданских передам.



Tiens, la voilà la Nature