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: : Le Iénisséi

mardi 4 mars 2008

Voir l’Iénisséi ! Il est paisible, et bleu. Et noir. Large. Mousseux, presque, dans la lumière de mars. Bordé de quais et de pêcheurs. Un gigantesque bâtiment stalinien en réfection le surplombe. Je le longe jusqu’au théâtre, croisant peu de monde.

À quoi on pense

L’Iénisséi est un fleuve large, rapide et sinueux, il est beau, plus beau que la Volga [...] De Krasnoïarsk à Irkoutsk, la taïga s’étend uniformément. Les arbres ne sont pas plus gros que ceux de Sokolniki, mais par contre aucun cocher ne sait où la forêt se termine. On n’en voit pas la fin. Elle couvre des centaines de verstes. Qui vit dans la taïga ? Qu’est-ce qu’on y trouve ? Nul ne le sait.
 
Anton Tchékhov à sa mère, juin 1890

A quai, au pied du théâtre, le croiseur qui accueillit Lénine en 1897 lors de son exil sibérien, est fermé. Je m’assois sur un petit mur : une dame très chic vient me dire qu’il ne faut pas m’asseoir, ce n’est pas assez propre. La dame a très envie de parler, mais je suis fatiguée, les mots me lâchent, mes bottes de fermière me font l’effet de boulets aux pieds, j’ai le chapeau de travers.

Je repars à pied à la gare  , 6 km, allez !

Le Iénisséi

Abramov

Pour la gloire à venir...


Pour la gloire à venir, la gloire héréditaire,
La haute lignée des humains,
J’aurai perdu ma coupe à la table des pères,
La gaieté, l’honneur, tout enfin...

Le siècle, loup-cervier, bondit sur mes épaules...
Ô siècle, je ne suis point loup et je t’en prie,
Comme on fourre un bonnet dans une manche molle,
Mets-moi sous ta pelisse au chaud en Sibérie.

Cache à mes yeux la boue aux lâchetés cruelles,
Ainsi que cette roue aux sanglants ossements.
Pour que je voie, en leur splendeur originelle,
Les chiens bleus consteller l’immense firmament.

Emporte-moi là-bas où coule l’Iénissei,
Où vers l’étoile d’or un haut sapin s’allonge,
Car je n’ai pas la peau d’un loup et je ne sais
Sans déformer ma bouche émettre des mensonges.

Joseph Mandelstam
traduction Katia Granoff


За гремучую доблесть грядущих веков,
За высокое племя людей,—
Я лишился и чаши на пире отцов,
И веселья, и чести своей.

Мне на плечи кидается век-волкодав,
Но не волк я по крови своей :
Запихай меня лучше, как шапку, в рукав
Жаркой шубы сибирских степей...

Чтоб не видеть ни труса, ни хлипкой грязцы,
Ни кровавых костей в колесе ;
Чтоб сияли всю ночь голубые песцы
Мне в своей первобытной красе.

Уведи меня в ночь, где течет Енисей
И сосна до звезды достает,
Потому что не волк я по крови своей
И меня только равный убьет.

17 - 18 марта 1931, конец 1935