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Taïga

mercredi 5 mars 2008

Le train est plein. Nous sommes quatre dans le compartiment. Un jeune homme, un homme moins jeune et une très jeune fille. Dans le noir - les wagons sont éteints dans les gares - je perçois à peine le visage de la jeune fille éclairé par son téléphone portable. Elle fait preuve d’une dextérité extravagante pour rédiger des SMS. Elle parle beaucoup, au téléphone et à la cantonade.

Calée sur mon siège, j’entends tout : Elena, puisqu’elle s’appelle Elena, a seize ans, et part seule en Corée pour faire mannequin : train jusqu’à Novosibirsk, avion ensuite. Elle pleure, elle appelle son père, sa mère, sa sœur : vous me manquez déjà. Elle me demande d’où je viens : Paris ! Ah, Paris ! Elena appelle une copine qui a fait français au lycée pour lui demander quelques mots de français - "tu sais, il y a une dame de Paris dans le train, je voudrais tellement lui parler". Mais la dame n’en peut plus. Elle entend l’homme plus âgé s’interroger : mais qu’est-ce qu’elles ont, les filles russes, à toutes vouloir faire mannequin, si possible à l’étranger ? Elena lui explique que c’est génial, on voit du pays, on s’amuse et on gagne de l’argent.

Il ne fait que 25 degrés dans le train, je m’endors, c’est la nuit. Je suis fatiguée, je suis sale, ma besace est en désordre.

C’est le matin. Six heures, se laver les dents, changer de chaussettes - une prouesse dans le réduit des toilettes. Le train s’arrête seulement deux minutes à Taïga.

Gare de Taïga

A sept heures, le soleil est au bout du quai, sublime. Le prochain train pour Tomsk est à dix heures.

Je papote avec un type très drôle, qui me demande à quel Tomsk je me rends. Car il y a une multitude de Tomsk. Mais les étrangers, c’est Tomsk 1. Lui, il va plus loin : ingénieur dans le nucléaire, il se rend sur sa base de travail. Il connaît la région de Lyon, toutes les centrales nucléaires de Rhône-Alpes. Il a vu du pays. Même l’Allemagne : stationné pendant son service militaire en Pologne, il a plongé dans le fleuve - l’Oder sans doute ? - qui sert de frontière. Récupéré en Allemagne par les militaires, il a eu la chance d’être simplement ramené en douceur et en douce en Pologne : il rit encore du tour de cochon qu’il a joué à l’Armée rouge.

On regarde les ouvriers qui font tomber la neige du toit, on boit des cafés, on fume des cigarettes. A chaque train qui passe, quelques "locaux" viennent vendre poisson et victuailles. On se moque des guichets de la gare  , ouverts, mais fermés : le guichet est ouvert, mais on ne peut pas acheter de billets avant 9h30, point à la ligne. Il y a donc une guichetière qui s’ennuie, et des voyageurs qui s’impatientent. A 9h30 précises, tout s’arrange. Je prends bien entendu un platzkart.


Et les femmes ? Tu sais comment elles sont, les femmes russes ? Dans le salon de l’hôtel , je lis dans un fascicule destiné aux touristes étrangers, sur "la femme russe" :...